La veilleuse rouge

Publié le par logephenix66.over-blog.org

À la Gloire du Grand Architecte de l’Univers

Sous les auspices du Suprême Conseil Indépendant du Rite Moderne

 

R.L. Phénix N° 1

 

 

 

Très Vénérable et vous tous mes Frères en vos grades et qualités.

 

 

La veilleuse rouge sur l’autel du Vénérable

 

 

Le Rituel du Rite Français, ainsi que le Livret d’accompagnement précisent la liste du matériel nécessaire pour l’Ouverture et la Fermeture des Travaux.

Parmi tous ces objets, un a particulièrement retenu mon attention, il s’agit de la veilleuse rouge sur l’autel du Vénérable.

 

L’un et l’autre des deux livrets cités sont d’accord sur l’emplacement de cette veilleuse, à savoir sa place sur l’Autel du Vénérable.

 

Nous allons d’emblée évacuer la problématique de la couleur, Rouge en l’occurrence. Renseignements pris auprès du T. Ill. F. Philippe THOMAS, Suprême Commandeur du Grand Chapitre Français (GLNF), il s’avère que la couleur rouge  de la veilleuse est là simplement pour la distinguer des autres bougies, et n’a absolument rien de symbolique du point de vue maçonnique.

 

L’ambiguïté de la couleur étant réglée, il nous reste à analyser la Lumière en elle-même. Que représente-t-elle ? Pourquoi est-elle allumée en permanence ?

 

Dans la religion catholique, le Tabernacle, ce petit coffre fermé dans lequel est conservé « le Saint Sacrement » se trouve sur l’Autel ou tout près dans une petite chapelle, une petite lampe « rouge » restant allumée en permanence indiquant l’emplacement de la divine présence dans l’église, comme un rappel visible de la présence consubstantielle du Christ dans le monde.[1]

 

Il est dit aussi que Philon d’Alexandrie, le philosophe juif, pensait déjà que le Tabernacle, dans le Temple de Salomon, s’il est une image du monde, est aussi une image de l’homme et de la condition humaine. Le croisement des verticales et des horizontales, dans la construction de ce Temple miniature qu’est le Saint des Saints, le Debir, comme dans lêtre humain, symbolise l’écartèlement de l’homme entre les pulsions des sens vers le monde extérieur (horizontale) et l’appel vers la concentration intérieure et contemplative (verticale).

 

Le Franc-maçon ne construit-il pas son Temple intérieur ?

 

La signification pour notre Ordre est similaire, et ainsi la veilleuse « rouge » sur l’Autel du Vénérable indique sans aucun doute possible la présence permanente de l’être suprême que nous appelons le Grand Architecte de l’Univers, qui est D.ieu. Par conséquent pour nous, Francs-maçons du Rite Français cette Lumière a, selon notre sensibilité, la même signification que celle qui brille dans les église tout près du Tabernacle, ou de la « shekhina » qui dans la tradition juive est la présence divine.

 

Rappelons-nous de la parole du Christ :

« Quand deux ou trois seront réunis en Son Nom, Il sera parmi vous ».

 

Le cierge intervient comme un élément important des cérémonies sacrées[2] car il est une poussière de Lumière, un support qui conduit à la sublimation. Celui qui fixe la flamme longuement oublie tout. Il se fond dans la lumière de la flamme, et en s’éveillant, il s’ouvre à toute réception ou illumination.

 

Cette Lumière, qui fait l’objet de la recherche et du travail du maçon, ne se transmet pas n’importe comment. On ne l’allume pas avec un accessoire vulgaire ou impur. Aussi convient-il de respecter le principe de transfert du feu ou celui de passation de la Lumière, qui se fait en allumant une bougie ou un petit cierge intermédiaire, ou pour notre Rite un boutefeu, pour transmettre la Lumière aux trois cierges du chandelier à trois branche sur l’Autel du Vénérable, et aux trois flambeaux représentant les vertus de Sagesse, Force et Beauté.

 

En effet, lors de l’Ouverture des Travaux, la veilleuse étant déjà allumée, Le Vénérable allume le boutefeu à la veilleuse, puis le chandelier à trois branches dans l’ordre suivant : Soleil à gauche, Lune à droite, Maître de la Loge au centre. Ceci fait, le Premier Maître des Cérémonies reçoit le boutefeu des mains du Vénérable et va allumer successivement : la chandelle Sud-Ouest, celle du Nord-Est, celle du Sud-Est, puis celle du Premier Surveillant et enfin, celle du Second Surveillant, avant d’éteindre le boutefeu et de revenir à sa place.

 

Nous voyons donc que dans notre Rite, la veilleuse « rouge » tient une place déterminante puisqu’elle est à l’origine de l’illumination de tous, y compris du chandelier à trois branches du Vénérable.

 

Il est à noter que la liturgie catholique proscrit l’éclairage moderne, que le gaz et l’électricité ne peuvent remplacer l’huile de la lampe du Saint Sacrement, ni les cierges liturgiques. Des lampes peuvent être employées en lieu et place de cierges à condition d’utiliser de l’huile d’olive comme combustible ; l’huile d’olive étant la seule préconisée pour la lampe qui doit brûler nuit et jour, sans interruption, devant le Tabernacle. L’olivier a pour significations symboliques : la Paix, la Charité, l’Abondance et la Fécondité.

 

La lampe, la veilleuse, d’un usage fréquent représente pour nous le signe de la Présence réelle de D.ieu.

– Depuis quand suis-je Maçon ? Depuis que j’ai reçu la Lumière.

– Pourquoi me suis-je fais recevoir Maçon ? Parce que j’étais dans les ténèbres, et que j’ai désiré voir la Lumière.

– Qu’ai-je vu lorsqu’on m’a donné la Lumière ? J’ai vu le Soleil, la Lune, et la Maître de la Loge.

 

Comme le Soleil préside au jour, et la Lune à la nuit, le Maître de la Loge préside à la Loge pour l’éclairer.

 

Le Temple dans lequel nous nous réunissons, est pour le temps de la Tenue (Temps Sacré) un lieu sacré. Il ne s’agit plus d’une simple construction de pierre entretenue avec amour et dévouement. C’est maintenant bien plus que cela, le Grand Architecte, que nous invoquons à l’Ouverture et à la Fermeture, en a fait sa demeure, et cette veilleuse rouge sur l’Autel du Vénérable est là pour l’attester.

 

En tant que Maçons, nous nous efforçons tous de construire notre Temple intérieur. En tant que Maçons ayant conscience d’avoir reçu la Lumière, nous prenons conscience peu à peu des symboles qui nous entourent ici, afin de meubler peu à peu ce Temple intérieur.

 

Mais, qu’il soit vide ou déjà richement décoré, une petite veilleuse rouge brille déjà en nous. Et si, comme je le crois cette petite veilleuse rouge est le Grand Architecte de l’Univers, je suis intimement persuadé qu’elle brille en nous depuis bien longtemps, bien avant que l’on soit sur un quelconque parvis, depuis notre premier jour, depuis le premier jour du premier homme. Libre à nous de l’alimenter de la meilleure huile afin qu’elle ne s’éteigne jamais et qu’elle témoigne aux yeux du monde que nous sommes vivants dans la force de D.ieu, que nous existons, et que tout est possible puisque nous sommes de vrais Enfant de la Lumière.

 

J’ai dit, Très Vénérable.

 

 

 

Victor CHELLI – R.L. Phénix N°1 – Décembre 2006.



[1]  Je tiens à rappeler, que contrairement à ce que l’on peut entendre à droite ou à gauche, le Rite Français n’est pas un Rite Chrétien, mais un Rite Maçonnique, qui emprunte dès le 1er Grade à la symbolique chrétienne pour faire passer le message maçonnique, qui bien qu’élaboré par des chrétiens pour des chrétiens, n’en est pas moins un message universel, catholique au sens Grec du terme. Par contre ce que nous pouvons dire, c’est que TOUS les rites maçonniques sont Christiques, également au sens Grec du terme, c'est-à-dire messianiques.

[2] Dans certaines traditions il s’agit de lampes à huile. Néanmoins ce qui est important ce n’est pas le support mais ce qu’il génère, c'est-à-dire une lumière.

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