Le Temple siège de la Vie

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À la Gloire du Grand Architecte de l’Univers

Sous les auspices du Suprême Conseil Indépendant du Rite Moderne

 

R.L. Phénix N° 1

 

 

Très Vénérable et vous tous mes Frères en vos grades et qualités.

 

« Le Temple siège de la Vie »

 

En latin « Templum », désigne le Temple qui dans la tradition de la Rome Antique est le secteur du ciel que l'augure romain délimitait à l’aide de son bâton pour observer les signes divins[1].

 

Cette territorialisation de D.ieu qui est sa première manifestation, permet de considérer le Temple comme une habitation : que ce soit la « Maison de D.ieu sur terre » mais également la « Maison de Vie ».

 

Le Temple est un espace transitionnel entre D.ieu et l’Homme, lieu de la révélation aux Mystères[2] dans la dimension macrocosmique (organisation de l’Univers) rapportés à la dimension microcosmique (organisation de l’Homme).

En admettant que le sens de l’Absolu caractérise l’Homme, la Vie pour ce dernier est caractérisée par son aspect transcendant.

C’est ce qui conduit l’Homme à vouloir se construire à l’image du Temple Cosmique.

 

La maison de vie.

 

Notre Temple de référence à nous les Francs-Maçons, est celui de Jérusalem, le premier, celui érigé aux temps du Roi Salomon.

Le Temple en hébreu est Beth-Hamiqdach, « la Maison du Sanctuaire ».

Le « Beth » [3] est la lettre hébraïque qui a pour valeur numérique Deux et son sens littéral est « maison ».

Pour les pythagoriciens, la dyade est la matière initiale, la manifestation Divine rendue possible par la différenciation. La conscience des Nombres, desquels tout découle, commence avec la dualité fondamentale, le Deux.

La maison est l’endroit où les contraires s’unissent par une relation de réciprocité, chaque conception à portée de l’humain trouve sa raison existentielle par son inverse.

Ainsi la Mort n’existe que parce qu’il y a la Vie.

Le symbole de la maison est une perception de la dualité conceptuelle qui seul permet la révélation de l’Unité principielle, c’est le message symbolique du nombre Trois.

 

Univers et Homme sont « maison », d’où les commandements affichés aux portes des maisons juives par mézuzah et tefillin[4].

Pour l’initié, le lien qui rattache à la Vie devient la recherche d’une alliance avec D.ieu, ce qui dans les termes de la Tradition hermétique est résolution de toutes les formes de dualités.

Le sanctuaire est le lieu devenu sacré par la marque de la manifestation Divine.

 

Cette manifestation est susceptible de prendre deux formes :

 

Réalité, rayonnement lumineux, qui est la révélation de D.ieu au travers d’un objet ou d’une personne, c’est la Théophanie. C’est un Objet (le Buisson Ardent, le Rocher, l’Arche d’Alliance, l’Échelle de Jacob, le Bâton de Moïse, la Manne tombée du Ciel, le Livre, la Nuée, ….) ou une personne (Pharaon, Brahmâ, le Bouddha, l’Archange Gabriel, Moïse, Hiram, le Christ….) qui deviennent «porteur médian » de la Parole Créatrice.

 

Présence, réverbération de la Lumière, qui est l’Ordre Divin s’exprimant par des objets (seuls ou par associations), par la pratique de rituels, c’est la Hiérophanie. Les objets, signes, paroles et attouchements, qui nous rendent sensibles à une réalité cachée, parce que notre esprit en accepte le sens symbolique.

 

La Tradition hébraïque enseigne que : « Dix miracles se produisaient en faveur de nos ancêtres au Beth-Hamikdach … »[5]

Ce qui signifie que la manifestation Divine est miracles et que ceux-ci sont indénombrables, car Dix est l’expression de l’infinitude cosmique.

La sommation des quatre premiers nombres (1 + 2+ 3 + 4) qui donne Dix, est la Tetraktys pythagoricienne. Sa représentation se fait classiquement dans la forme géométrique caractéristique de l’Apprenti, qu’est le triangle équilatéral.

Les quatre premiers nombres sont les seuls qui permettent une perception intuitive des nombres.

Pour percevoir les nombres au-delà du Quatre, l’Homme comme la plupart des êtres vivants sensibles, doivent user d’artifices, comme la comparaison, le groupement mental, le comptage, les règles de calcul.

 

Le Temple principe de la cosmogonie

 

Le Temple Cosmique, représentation synthétique de l’Univers organisé, est un principe fondamental de la Tradition ésotérique universelle.

En grec ancien, le mot Cosmos signifie Ordre. Pour les Pythagoriciens le Cosmos est un mouvement vibratoire ondulatoire perpétuel (Lumière). Le « Un » Divin, l'Achevé, est un monde ordonné (organisé et structuré) qui se génère à partir de la matière initiale appelée l'Inachevé, ou la Dyade.

C’est la bipolarité présente dans la conception du Cosmos qui est génératrice d’énergie vitale.

Les perceptions primales du Cosmos (Univers organisé) par l’Homme revêtent un caractère universel, intemporel et intangible. Elles correspondent à une recherche d’orientation et de forme.

La première de ces perceptions, est l’astre solaire et sa trajectoire cyclique au fil de quatre saisons, la succession des Équinoxes Vernale et Automnale avec les Solstices d’Été (point culminant de la phase ascendante, apogée Yang, soleil descendant, tropique du Cancer) et d’Hiver (point culminant phase descendante, apogée Yin, soleil ascendant, tropique du Capricorne).

Le pylône des temples égyptien, qui prend la forme de deux constructions symétriques disposées de chaque côté de la porte d’entrée, comme les Colonnes Boaz et Jakin, du Temple qui nous sert de référence, et sont des matérialisations des trajectoires extrêmes du Soleil, qui correspondent aux deux solstices.

 

L’autre perception fondamentale est l’immobilité apparente de l’Étoile Polaire, indiquant le Nord Céleste. Elle va permettre à l’Homme sa définition de toutes localisations sur Terre par les Quatre points cardinaux, comme sa représentation des mouvements céleste par une forme sphérique du Ciel (Voûte Céleste).

 

Le premier verset de la Bible est : « Au commencement, D.ieu créa les cieux et la terre. » (Genèse 1.1)

La représentation symbolique du Cosmos, se fait par la relation duale fondamentale entre Terre et Ciel.

Dans les cosmogonies relatées dans la plupart des Traditions la Terre et le Ciel sont les caractères sexués dont l’union, le mariage sacré (la hiérogamie), est génératrice du monde manifesté.

Selon la Tradition chinoise, la complémentarité fondamentale du Ciel et de la Terre est le principe, à l'origine de toute manifestation cosmique. Le Ciel associé au côté de la clarté lumineuse est principe masculin Yang. La Terre assimilée au côté obscur sombre, correspond au principe féminin Yin.

Dans la Tradition égyptienne, la déesse Nout[6] est le principe Céleste qui s’unit en cachette de Râ, à son frère Geb, le principe Terrestre. Râ pour la punir, lui interdit l’enfantement. Malgré cela, selon Plutarque, Nout engendra, avec le concours de la Lune sollicitée par Thot Hermès, au cours de cinq jours ne faisant pas partie du calendrier de Râ (calendrier de 360 Jours), 5 enfants : Osiris, Horus, Seth, Isis et Nephtys.

 

Les représentations géométriques correspondant respectivement à la Terre et au Ciel sont le carré et le cercle.

Dans la symbolique des outils, qui nous est si chère à nous Francs-Maçons, nous obtenons :

Le carré, la Terre, sert de référence à l’Équerre, symbole de la « Matière ».

Le cercle, le Ciel, donne le Compas, symbole de l’ « Esprit ».

 

Une forme constituée par réunion des deux formes géométriques représentatives de la Terre et du Ciel se retrouve dans bon nombre de constructions sacrées. Un Carré ou un rectangle proportionné avec le Nombre d’Or (Un Carré Long) surmonté par un arc de Cercle.

Pour les églises moyenâgeuses ou les cathédrales on retrouve cette forme associée dans le tracé au sol, ou au niveau de leur portique.

« La porte ouvrant sur la Lumière intérieure » de la Tradition Soufie ou la « Cité du Ciel » en chine adoptent toute deux cette forme d’union Terre / Ciel.

Carré et Cercle sont les formes primaires de la construction de tout Mandala.

Le message symbolique du Temple Cosmique est un appel à la transcendance de la Matière, conjointe à l’incarnation de l’Esprit. Ce qui se traduit pour l’Homme par sa réalisation spirituelle, qui commence systématiquement par son individuation.

 

Le Temple symbole de l’individuation de l’Homme

 

Dans différentes traditions, le Temple, en tant que représentation de la hiérogamie du Ciel et de la Terre, donne naissance à l’Être Primordial, possesseur de la plénitude de la nature humaine. L'Adam Kadmon, de la Tradition hébraïque, l'Homme émané de D.ieu dans toute sa splendeur et dans ses privilèges originels, d’avant la rencontre avec le Serpent.

 

Cette première créature vivante à émerger du cosmos est un concept commun à différentes Religions et Traditions philosophiques.

 

Le Nouveau Testament nous rappelle que le Temple est l’Homme :

 

(1 Cor 3/16) " [...] Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de D.ieu, et que l'Esprit de D.ieu habite en vous ?

(1 Cor 6/19) " [...] Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de D.ieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ?

(2 Cor 6/16) " [...] Car nous sommes le temple du D.ieu vivant …

 

Les premiers pas de l’initié, qui accède aux « petits mystères » c'est-à-dire au plan microcosmique (Ordre Divin au plan de l’humain), sont synthétisables par la Quête de son unité primordiale principielle, une démarche d’individuation.

 

L’individuation est captation d’une Énergie qui permet à l’homme de réaliser l’intégralité de son potentiel.

Le Temple, siège de la Vie, est un message ésotérique qui nous demande qu’en faisant évoluer notre âme, nous réalisions notre unité intérieure, prémisse à l’alliance symbiotique avec l’Un. Ceci consiste à aller au-delà, de la reconnaissance de nos fautes (explication de nos erreurs) et de l’indispensable perfectionnement moral, auxquels la démarche Maçonnique est parfois résumée.

 

Tendre vers l’Homme Primordial (Adam Kadmon), c’est l’injonction « deviens celui que tu es »[7], seul moyen d’arriver à la connaissance de la Quadrature du Cercle et ainsi de comprendre ce qu’est la « Preuve Ontologique de l’existence de D.ieu » :

 

D.ieu est parce qu’il est !

 

J’ai dit, Très Vénérable

 

 

Victor CHELLI – R.L. Phénix N°1 – Mai 2007.



[1] L’augure observait le vol des oiseaux, messagers de la manifestation divine.

[2] Petits Mystères, sur le plan microcosmique (l’Homme) et Grand Mystères, sur la plan macrocosmique (l’Univers).

[3] Le Beth est la première lettre de la Torah

[4] Deutéronome 6.4-9 : « Écoute, Israël ! L'Éternel est notre Dieu, l’Éternel est Un. Tu aimeras l'Éternel, de tout ton coeur, toute ton âme et avec toutes tes forces et ton pouvoir. Et ces commandements, que je te donne aujourd'hui, seront dans ton coeur.

Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Tu les lieras comme un signe sur tes mains, et ils seront comme des fronteaux entre tes yeux. Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes ».

 

[5] « Dix miracles se produisirent dans le Temple: Jamais une femme n'a avorté sous l'effet de l'odeur des viandes des sacrifices. La viande des sacrifices n'a jamais pourri. Jamais on n'a vu une mouche dans la salle des sacrifices. Le Grand Prêtre n'a jamais eu d'accident nocturne pendant Yom Kippour. Rien n'a jamais rendu impropre l'offrande du Omer de Pessah ou les deux pains de farine de froment à Chavouot ou les pains de proposition le Chabbat.

Debout on y était serrés et on arrivait à se prosterner très à l'aise. Jamais un serpent ou un scorpion ne s'est attaqué à quiconque à Jérusalem. Jamais personne ne s'est plaint en disant : l'endroit est étroit pour moi, je ne trouve pas où passer la nuit à Jérusalem.

Jamais la pluie n'a éteint le Feu qui brûlait sur l'Autel. Même si tous les vents du monde venaient à souffler dessus, ils ne l'auraient pas déplacé de sa position.

D'autres miracles : Les morceaux brisés des récipients d'argile (utilisés au Temple) s'enfouissaient d'eux mêmes sur place. Les pains de proposition, on les retirait aussi chauds et aussi frais, comme on les avait mis en place la semaine précédente. »

 

[6] Nout fut perçue par les Grecs comme une émanation de la déesse Rhéa, la déesse mère originelle.

[7] Phrase extraite de l’oeuvre de Friedrich NIETZSCHE « AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA »

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