Le Temple

Le Temple

Partant du principe que l’homme est perfectible, le Franc-maçon s’est donné pour but d’apporter sa pierre à l’édification du Temple symbolique de l’humanité, c’est-à-dire, en d’autres termes, de participer activement et par l’exemple de sa conduite à l’élévation morale et spirituelle de l’être humain. Dans l’idéal, la Franc-maçonnerie aspire à l’achèvement de ce Temple. Mais chaque Maçon sait que cette ultime étape ne pourra s’achever tant qu’il n’aura su édifier lui-même son propre temple intérieur. Pour réaliser ce temple intérieur, qui passe par le fameux précepte de Socrate, inscrit au fronton du temple de Delphes, gnôti séauton (connais-toi toi-même), le Franc-maçon doit apprendre à tailler sa propre pierre et à la polir jusqu’à ce qu’elle soit parfaite. Ce travail sur soi-même ne peut aboutir qu’en franchissant les trois étapes initiatiques ou grades que sont l’Apprenti, le Compagnon et le Maître ; ce dernier grade s’exprimant à travers le passage initiatique de la mort à la résurrection, qui apporte la maîtrise totale de soi — de l’esprit sur la matière. Seulement alors, le Maçon devenu Maître est censé pouvoir apporter une contribution juste et parfaite à l’édification du Temple de l’humanité, par l’influx rayonnant dont il fait bénéficier ses frères de Loge et son entourage profane.

Le maître Maçon est donc supposé, dans l’idéal, avoir acquis les caractéristiques spirituelles de l’homme accompli, parfait et rayonnant. Mais en réalité, chaque Maçon sait que son accession à la maîtrise n’est que le commencement d’un long apprentissage à une existence nouvelle, caractérisée par une constante recherche du perfectionnement de l’être. Le Temple qu’il s’agit de bâtir ici est donc l’homme lui-même et, par lui, la société. Tous les gestes, tous les instruments et tous les matériaux utilisés pour la construction de la demeure sacrée deviennent dès lors des moyens de hausser l’esprit humain à la Lumière. Et pour cette raison, la Franc-maçonnerie spéculative utilise dans ses rituels les mêmes symboles que l’ancienne Maçonnerie opérative. C’est aussi pour cette même raison que les Franc-maçons nomment Temple le lieu où ils se réunissent. Ce Temple est symboliquement orienté vers la lumière naissante, l’Orient, là où se tient d’ailleurs le Vénérable Maître, élu par les membres de la Loge pour y présider. On pénètre donc dans le Temple par l’Occident, en passant entre les deux colonnes représentatives des mêmes colonnes qui se trouvaient à l’entrée du temple de Salomon, bâti par l’architecte Hiram, ancêtre mythique des Franc-maçons.

Le Temple maçonnique, né des anciennes Loges de toile des ouvriers tailleurs de pierre sur les chantiers des cathédrales, s’est amplifié pour devenir, semblable à l’athanor des sages, ce creuset où la première matière (Materia Prima) se métamorphose en or pur, permettant à l’adepte initié de pénétrer les arcanes de la vie et de la mort. Lieu sacré par excellence, fatalement réservé aux seuls initiés, il prend, quel que soit l’espace plus ou moins grand qu’il occupe, les dimensions de l’univers auquel il s’identifie, et son plafond celles de la voûte céleste. Mais n’est-ce pas aussi ce qu’ont voulu signifier les architectes et compagnons qui réalisaient, à travers l’édification d’une cathédrale, leur propre élévation spirituelle ?